Eugénie DOSSA QUENUM

Née au Bénin, elle est la troisième fille d’une famille de quatre enfants et elle aide sa mère qui tient un commerce sur les marchés. Scolarisée après l’âge de huit ans, elle est contrainte de mener une « double vie » afin de continuer à soutenir sa mère.

Pour réaliser son rêve de faire des études et d’aller le plus loin possible, elle doit franchir de nombreux obstacles à l’instar des petites filles d’Afrique ou ailleurs dans le monde. Son obtention du B.E.P.C. fut une prouesse, le BAC aussi.

Par conséquent, elle revendique pour tous les enfants, les filles en particulier, à travers son autobiographie, le droit au savoir inscrit dans la charte des Droits de l’Homme. L’éducation étant par ailleurs le secret du développement d’un pays.

Elle donne une leçon d’espoir pour la jeunesse pas seulement béninoise, ou africaine, mais du monde, car elle est l’avenir de nos pays.

Elle est Biologiste, Ingénieur en Biotechnologie, Psychologue Interculturelle, aussi diplômée en Administration et Économie de la Santé. Chercheur Indépendant en Sciences Politique et Sociale, elle est Consultante en Gouvernance et Conférencière. Elle est par ailleurs membre de «Médecins du Monde»

55ème Commission du Statut des Femmes (C.S.W.) Février-Mars 2011 ONU New York Atelier francophone. Thème : Accès de toutes les filles à l`Education y compris les filles invisibles par absence d’Etat Civil.

Intervention de Mme Eugenie Dossa Quenum Membre de la Ligue Internationale de Femmes pour la Paix et la Liberté (W.I.L.P.F.) et Membre de la délégation des ONG françaises.

  • Excellences,
  • Messieurs les Ambassadeurs,
  • Mesdames les Ambassadrices,
  • Messieurs et Mesdames les Ministres,
  • Messieurs et Mesdames des Représentations Diplomatiques
  • Cheres amies Femmes des ONG des quatre coins du monde

Mon Bonheur aujourd’hui est immense et ma joie infinie de pouvoir plaider devant vous la cause des enfants en général, celle des petites filles en particulier pour leur déclaration systématique à l’Etat Civil ainsi que leur scolarisation systématique et obligatoire.

Ce problème réel qui se pose dans la quasi totalité des pays en voie de développement (PVD) et aussi dans certains pays industrialisés, est un véritable fléau dont les conséquences à long terme sont désastreuses pour les pays dont il constitue un frein pour le développement.

Mon ONG, la WILPF, ne bénéficie d’aucune subvention et toutes nos activités se mènent sur nos propres fonds, mais la cause à défendre vaut bien ce sacrifice.

Les accréditations pour pénétrer dans les locaux de l`ONU étaient déjà bouclées depuis Novembre 2010 avant que les informations sur notre participation ne nous parviennent.

Je remercie donc les autorités françaises qui m’ont permis d’obtenir le badge d`entrée ; notamment Mme Roselyne Bachelot-Narquin Ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, Monsieur Gérard Araud, Ambassadeur, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies ; ainsi que mes amies des ONG françaises qui y ont oeuvré.

Mon combat solitaire pour la scolarisation obligatoire des petites filles m’a amenée à écrire ma propre histoire, une autobiographie que j`ai intitulée « Geny Petit Ange Sorcier du Bénin » paru aux Editions de Broca à Paris.

Ce livre s’avère être un véritable plaidoyer pour cette cause que je défends.

A la réunion des ONG françaises pour la préparation de cette commission, une amie de notre combat commun nous a révélé sur la base des statistiques, qu’au Tchad,

  • 50 % des enfants scolarisés proviennent de mères ayant fait des études un peu poussées jusqu‘au Bac et peu être plus.
  • 31 % de mères qui ont été jusqu’au B.E.P.C., donc pas beaucoup d’études.
  • 20 % seulement de mères qui n`ont pas été à l’école.

Mon pays d`origine est le Bénin, autrefois appelé le « quartier latin de l`Afrique » pour son grand nombre d`intellectuels. Cependant, je me situe dans le cas des enfants de la catégorie des 20 % comme au Tchad, car ma mère n’a pas été à l’école.

Ma mère était une commerçante et je vendais avec elle au marché de Cotonou très tôt comme la plupart des fillettes de mon pays. Et pourtant, mon rêve le plus ardent était de me voir scolarisée et d’aller le plus loin possible dans les études. A force d’acharnement, j`ai fini par débuter l’école à l’âge de huit ( 8 ) ans.

A l’école primaire, laïque et gratuite pourtant, la distance trop longue à parcourir chaque jour était un obstacle à surmonter. La faim aussi. Les uniformes et les fournitures étant à la charge des familles, je devais continuer à aider ma mère dans son commerce. Alors j’étais écolière le jour et petite vendeuse d`oignon et d`oeufs de pintade le soir devant notre maison en revenant de l’école.

Puis je contribuais aux tâches domestiques et ne me mettais à apprendre mes leçons et faire mes devoirs que tard dans la nuit à la lueur d`un lampion.

Je dormais très peu et étais souvent fatiguée mais la motivation ainsi que l’espoir d`y arriver me soutenaient.

Pour préparer notre atelier, sachant qu’il y aurait une intervenante

  • sur la Côte d’Ivoire pour l’Afrique de l’Ouest
  • sur le Niger pour le Sahel
  • sur le Maroc pour l’Afrique du Nord,

je me suis intéressée à la Namibie pour l’Afrique Australe. Mais la Namibie n`ayant pas été programmée, je vais simplement vous rapporter le témoignage d’une élève lors d`une Conférence sur les filles organisée par la FAWENA (Forum des Educatrices Africaines en Namibie). Interrogée sur son décrochage scolaire, elle a répondu ceci : « Je dois nettoyer la maison, cuisiner, laver le linge, et quand je suis prête à étudier, je suis fatiguée. Ma mère ne comprend pas et je ne suis pas autorisée à faire valoir … »

J`ai vécu une situation similaire à celle de la petite Namibienne, mais c’est ma motivation et ma détermination qui ont fait la différence jusqu`au C.E.P.E. qui signe la fin des études primaires.

La vie familiale difficile que je vivais ne m’avait pas offert toutes les chances pour obtenir par ma moyenne à l’examen une bourse d’Etat pour les études secondaires. Alors ma mère a dû m’inscrire dans un collège privé à condition que je continue de l’aider a vendre au marché. Ce que je faisais.

Cependant, en classe de 5ème, ma mère n’avait plus les moyens de me soutenir dans mes projets scolaires au delà de ce niveau. Il me restait une dernière chance qui était le concours d’entrée en classe de 4ème qui ferait basculer ma vie. Soit j’échouais et resterai définitivement une vendeuse, soit je réussissais et obtiendrais une bourse d`Etat pour la suite de mes études.

J`ai été reçue seule fille sur les 400 candidats admis sur toute l’étendue du territoire cette année là et la bourse m’a permis de continuer jusqu’au B.E.P.C.

Mais le soir des résultats du B.E.P.C.que j`ai eu du premier coup sans rattrapage, nous n’étions que deux filles sur la centaine de candidats présentés par mon collège.

De retour chez moi à Porto Novo, au lieu de rejoindre ma famille à Cotonou où j’étais attendue pour faire la fête, je me suis effondrée sur mon lit et ai pleuré durant toute la nuit.

J’ai pleuré de joie car j’avais réussi malgré toutes les épreuves de la vie qui jonchaient mon parcourt.

J’ai pleuré de tristesse pour avoir en certains moments pensé à plusieurs reprises de me suicider afin d’échapper au viol par plusieurs professeurs et surveillants de mon collège.

J’ai pleuré de profonde tristesse enfin en pensant à toutes les filles restées sur le carreau.

Dans mon pays le Bénin, 10 % de filles scolarisées arrivent à franchir le niveau de la classe de 6ème. Et seulement 1 % parviennent jusqu’au B.E.P.C.

C’est ce constat qui m’a poussée à aller loin dans les études et m’engager ensuite dans une lutte pour aider à faire changer cette situation.

Aujourd’hui, je suis :

  • Biologiste, Ingénieur en Biotechnologie
  • Diplômée en Administration et Economie de la Santé.
  • Diplômée en Psychologie Interculturelle.
  • Chercheur Indépendant en Sciences Politique et Sociale.

Ce qui me permet de faire des Conférences partout dans le monde sur les sujets variés touchant à la politique, l’économie, la santé, l’éducation, l`histoire de l’humanité. Tous ces sujets étant liés par ailleurs…

  • Ecrivain, mon livre qui vient d’être publié est le premier d`une série de dix (10) à paraître.

Mon objectif en écrivant ce livre est de booster la jeunesse non seulement du Bénin, mais également des autres pays d’Afrique et du monde par ce temps de morosité et d`absence de perspective d`avenir que nous traversons.

Mon objectif est également et surtout de pouvoir partout où je pourrai croiser les représentants des Institutions Nationales et Internationales telles l`ONU, l`UNESCO, l`UNICEF, et aussi le FMI et la Banque Mondiale qui tiennent les bourses du monde, mon objectif est donc de pouvoir les convaincre d’encourager les pays à augmenter les budgets consacrés à l’Education afin de raccrocher leur jeunesse à la société dont elle se sent exclue et lui offrir un enseignement de qualité accessible à tous sans discrimination.

Les Etats encouragés et soutenus financièrement, pourraient garantir à tous les enfants dès leur naissance un Etat Civil qui les sortirait définitivement de l`invisibilité et obligerait les agents de recensement à ne plus les zapper de leur propre population.

Les pays ainsi soutenus pourraient augmenter le niveau ainsi que le nombre des enseignants et des classes sans souci d’économie sur le budget de l’Education en décalage par rapport à celui de la Défense.

Car en diminuant le nombre des enseignants et en fermant des classes alors que la démographie ne cesse de croître, revient à construire automatiquement des prisons pour y enfermer des jeunes désoeuvrés à qui on ne pourra demander de rester sages dans les rues trop longtemps.

Or l’avenir d`un pays, c`est sa jeunesse. Sans éducation il n’y a pas de développement.

Ces pays pourraient également mettre en place une politique de scolarisation systématique et de protection des filles, ou améliorer les mesures spécifiques déjà existantes afin de niveler les disparités actuelles et remédier à la déperdition scolaire des filles.

Un proverbe bambara dit ceci :

Si l’on scolarise un garçon, on a scolarisé un individu ; si l’on scolarise une fille, on a scolarisé une famille, un village, le pays et le monde entier »

Par ailleurs ,en ce qui concerne les pays en voie de développement, investir dans la scolarisation des filles, constitue la façon la plus efficace de réduire la pauvreté.

Ma plaidoirie a été entendue par l’UNESCO à Paris qui organise en Avril 2011 prochain à son siège, une soirée autour de mon livre en présence des Excellences, de différentes délégations diplomatiques, de personnalités de la culture et des médias.

Des Municipalités de banlieues sensibles de la région parisienne commencent à offrir mon livre aux bibliothèques et aux écoles de leur ville. Elles me demandent des interventions au cours de rencontres qu’elles organisent avec les jeunes de leur commune.

Des Associations aussi sont dans la même démarche.

Les retours de lecture qui me parviennent indiquent que les jeunes lecteurs, mais aussi des adultes en retiennent entre autres trois points qui sont :

  • La motivation
  • La volonté de réussir
  • L’espoir de voir son rêve accompli.

Je suis convaincue que les Institutions que j`ai citées plus haut disposent des moyens administratifs, économiques et politiques de soutenir les Résolutions qui sortiront des travaux de la 55ème Commission du Statut des Femmes que nous tenons en ces mois de février et Mars 2011 aux Nations Unies à New York.

Ainsi n’aurons-nous pas le sentiment d`avoir travailler sur la question pour rien. Et les enfants et les jeunes devenus priorités parmi les préoccupations des gouvernants de leur pays pourront créer leur propre rêve en ayant l’espoir de le voir réalisé.

Je vous remercie de votre attention.

New York ce 24/02/2011 Eugenie DOSSA-QUENUM

5000 mots, mis en ligne le 12 avril 2014

L’éducation des filles pour changer le monde

En mars, j’ai témoigné à l’ONU devant les ambassadeurs, l’UNICEF, l’OMS, le FMI à partir de mon livre « Gény, petit ange sorcier du Bénin » où je raconte à partir de ma propre expérience, comment, en Afrique, les petites filles mobilisent toute leur énergie pour aller à l’école. J’ai déclaré à ces instances internationales : «  Mon bonheur aujourd’hui est immense et ma joie infinie de pouvoir plaider devant vous la cause des enfants en général , celle des petites filles en particulier pour que leur scolarisation soit obligatoire et gratuite ». Née au Bénin et connaissant la situation des petites filles invisibles dans la société, soit qu’elles n’ont pas été déclarées à leur naissance soit qu’elles sont exclues pour des raisons économiques, mais aussi quelquefois parce qu’elles ont été violées.

Nous savons que les femmes forment plus de la moitié de l’humanité. Par ailleurs ce sont elles qui éduquent les enfants et par conséquent leur transmettent les valeurs de la société. Si la culture de paix doit s’ancrer, se propager et avoir un impact réel sur les sociétés , dans chaque pays et dans le monde, elle doit débuter au berceau. Car l’individu de demain se forme dans sa petite enfance par les personnes qui en ont la charge, en particulier la mère. Or c’est la fillette d’aujourd’hui qui devient mère plus tard. En lui offrant une scolarisation gratuite, on lui ouvre les portes de l’éducation qui lui permettront d’accéder aux informations relatives aux différents domaines de la vie et de la société à savoir l’économie, la politique, la santé. Un proverbe bambara dit ceci : « Lorsqu’on éduque un garçon, on a éduqué un individu. Lorsqu’on éduque une fille, on éduque une famille, un village, un pays et le monde entier ».
Ainsi, la démocratie progressera réellement avec l’implication des femmes qui forment la majorité des populations. Les Pays du tiers monde, ceux de l’Afrique en particulier restés à 70% ’analphabètes depuis cinquante ans d’indépendance connaîtront un décollage, car sans éducation il ne peut y avoir de développement. Eclairées par l’éducation et en prenant une part active dans les décisions vitales pour leur pays, les femmes ne pourront cautionner les conflits ni les guerres absurdes et ruineuses en vie humaine.

J’ai à nouveau développé ces thèmes lors de deux interventions que j’ai faites en mai, l’une à la délégation du Québec, l’autre à l’UNESCO. Je me suis réclamée de la LIFPL, section française de la WILPF et de sa culture de paix

Je défends inlassablement le droit au savoir comme un droit inscrit dans la Charte des droits de L’Homme et je suis convaincue que mon combat deviendra une revendication portée par la WILPF dont je suis fière d’être membre.

 Mise à jour du 31 aout 2014

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