Edith BALLANTYNE

Née dans ce qui était autrefois la Tchécoslovaquie, le 10 Décembre 1922, Edith Müller et sa famille (socialiste) luttaient contre la montée du nazisme. Lorsque la partie allemande de la Tchécoslovaquie, les Sudètes, a été incorporée dans l’Allemagne nazie, en Septembre 1938, ils se retrouvèrent soudain réfugiés politiques. Après avoir fui en Angleterre, ils ont finalement trouvé refuge au Canada, où la Compagnie des Chemins de Fer Canadien du Pacifique (CFCP) les a installés comme agriculteurs dans le Nord de la Colombie-Britannique.

Elle a passé quelques années à travailler la terre pour cette société, avant de déménager à Toronto pour y être femme de ménage. C’est à Toronto, à l’âge de dix-neuf ans, qu’elle a eu son premier contact avec la LIFPL.

Premier contact avec la LIFPL 
« Un matin, on a sonné chez moi et j’ai ouvert. Une femme âgée s’est présentée : Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté. Elle m’a dit que la LIFPL avait repéré des réfugiés allemands des Sudètes depuis notre arrivée au Canada et en même temps, elle m’a offert une tarte au fromage ».

La section LIFPL au Canada a été très active dans les années 1930 à 1940. Les membres ont pris exemple dans leur travail sur celui de la fondatrice Jane Addams, WILPF, une travailleuse sociale qui a consacré sa vie à s’occuper des enfants d’immigrés à Chicago et à améliorer leurs conditions de vie.

Les membres canadiens de LIFPL avaient connaissance des réfugiés politiques venus au Canada. Elles ont trouvé leurs noms et adresses, afin de les aider. «Je dois tout à cette femme de la LIFPL. Je me sentais à nouveau membre de la race humaine».
Cela s’est avéré précieux pour l’avenir d’Edith Ballantyne dans l’activisme. Elle est catégorique dans son affirmation: «Si je suis ici, c’est à cause de ce groupe de femmes. Elles ont commencé à nous donner des cours d’anglais et nous ont beaucoup appris. Elles m’ont aidé à trouver un travail intéressant. Elles m’ont parlé de la WILPF et de son histoire. J’en suis devenue membre, et j’ai été très, très proche d’eux « .

Fait intéressant, toutefois, cela n’a pas marqué le début du reste de la vie professionnelle d’Edith Ballantyne avec la LIFPL. En 1945, elle s’installe à Montréal et a perdu la trace des femmes LIFPL qui l’avait prise sous son aile.

Changement de direction 
Pendant les deux décennies suivantes, Edith Ballantyne n’avait plus aucun lien avec LIFPL. Elle a travaillé pour la section allemande du Service canadien de la radio internationale pour un an, puis pour un journal local.

En Juillet 1948 (à 26 ans), elle a épousé Campbell Ballantyne, un fonctionnaire de l’Organisation Internationale du Travail, et quelques semaines plus tard, elle a suivi son mari quand il a été transféré au siège de l’OIT à Genève. Elle a travaillé comme sous-directeur de la section des publications de la nouvellement créée « Organisation mondiale de la Santé » (OMS) pendant 5 ans, avant de prendre un congé pour élever ses quatre enfants.

Il a fallu une rencontre fortuite avec un ami de la famille dans les années 1960 pour qu’Edith Ballantyne se rende compte que LIFPL avait été fondée à Genève. Elle a décidé de voir ce que l’organisation faisait.

ENGAGEMENT
«J’ai commencé à faire un travail volontaire et à temps partiel pour la LIFPL en 1968, et en 1969, j’ai commencé à travailler à plein temps avec elles. Il n’y avait pas de bureau alors, mais beaucoup d’activités à l’échelle internationale. Peu à peu, avec les volontaires et les amies élues, nous avons mis en place l’organisation et avons réussi à initier et aider à organiser de nombreuses activités à l’ONU et des sections travers le monde »

Elle parle modestement de sa contribution à la LIFPL, mais en réalité l’organisation lui doit beaucoup. Elle est devenue secrétaire générale LIFPL en 1969 et a occupé ce poste pendant 23 ans, avant de devenir présidente de 1992 à 1998.

Ayant travaillé pour l’organisation pendant si longtemps, il est logique que sa vision de LIFPL soit claire et précise. Son éloquence, quand on parle d’objectifs originaux de LIFPL, offre un aperçu fascinant dans le fonctionnement interne de l’organisation et les liens inextricables entre ses objectifs et son contexte historique.

Loin d’être pensive, cette octogénaire se souvient des premiers jours de la LIFPL avec une lueur dans ses yeux et un ton animé. Elle continue : « Pour en revenir aux origines de la LIFPL quand les femmes se sont réunis à La Haye, elles se sont réunies pour faire campagne contre la guerre et à s’organiser pour l’arrêter. Elles n’avaient pas l’intention alors de fonder une organisation permanente. Elles étaient impatientes d’amener les pays neutres à prendre des initiatives et à trouver une issue pacifique au conflit mondial. 
Cependant, en regardant leurs résolutions et leur travail, elles ont non seulement travaillé pour arrêter la guerre et abandonner le système de la guerre, mais ont cherché aussi à ce qui était nécessaire pour construire une paix durable. »

Politique, elle est insistante dans sa croyance que la route vers la paix passe par l’économie et le politique, et non seulement le social : « Quand vous parlez de paix, quand vous voulez travailler pour la paix, vous ne pouvez pas vous préoccuper seulement des droits de l’homme. Vous devez être préoccupées à forger un système économique, social et politique qui garantisse la justice véritable et l’égalité pour tous « .
Cet accent mis sur la réalisation de la paix à travers l’étude des contextes sociaux, économiques et politiques est peut-être une leçon à tirer des femmes de la LIFPL au Canada, qui ont combiné leur travail de paix avec l’action politique.

À propos de l’ONU = Lorsque j’interroge Edith Ballantyne sur l’affiliation des Nations Unies avec WILPF, la mère de quatre enfants est tout aussi affirmative. Elle affirme:«L’ONU est notre organisation mondiale de la paix. La Charte est un document remarquable. Il doit être soutenu et défendu.  »

«  L’ONU a besoin de moins de réformes, mais beaucoup plus de mécanismes de développement en conformité avec la Charte. Il s’agit d’un forum pour nos gouvernements pour se rencontrer, pour résoudre les énormes problèmes de notre monde dans les meilleurs intérêts communs et non pas dans leurs intérêts nationaux.
Elle a une moins bonne opinion du Conseil des droits de l’homme: «Je regrette personnellement les récentes réformes qui ont créé le Conseil des droits de l’homme, au lieu de continuer avec la Commission des droits de l’homme. Cela faisait partie du Conseil économique et social de l’ONU, reliant plus organiquement les questions économiques et sociales, comme le développement économique, les droits de l’homme, le développement social, en un tout étroitement liés, en utilisant l’approche systémique si vitale pour résoudre les problèmes de la paix internationales« .

Son souci de paix est clairement adapté à la nature de compassion d’Edith, qui a été reconnue à l’échelle internationale deux fois :

  1. quand elle a remporté le « Prix de la Paix Gandhi » en 1995
  2. et le premier « Prix international de la Paix femme » en 2003.

Fait intéressant, elle a une opinion plus philosophique sur le rôle des femmes dans les activités de consolidation de la paix, à la fois quand la LIFPL a commencé et dans ses efforts aujourd’hui.

La paix et les femmes = « Lorsque les femmes qui sont finalement devenus des femmes LIFPL ont décidé de tenir la conférence de La Haye, c’est parce que le mouvement féministe ne voulait pas faire de la politique. Aujourd’hui, tout doit être fait par le biais du point de vue d’une femme. Eh bien, le point de vue d’une femme n’est pas toujours différent d’un point de vue humain. Nous sommes tous des êtres humains et probablement les trois quarts de ce que nous devons comprendre, c’est aussi vrai pour les hommes comme pour les femmes. Je pense que, pour la plupart des jeunes femmes en particulier, l’égalité des droits EST le problème le plus important, plutôt que de leur poser la question :« Quels sont les problèmes les plus importants qui doivent être résolus, et quelles sont les questions que moi, en tant que femme, je vais insister sur le droit de faire valoir mon opinion« .

Le rôle des femmes comme artisans de paix dans la famille est reconnu depuis longtemps, mais leur rôle dans la gestion des affaires du monde a été vu comme une réflexion après coup, voire pas du tout. En regardant la composition de la plupart des gouvernements du monde – même les parlements – on voit que peu de femmes sont en mesure d’apporter une contribution. Il doit y avoir un énorme effort pour élire plus de femmes et de veiller à ce qu’elles jouent un rôle majeur dans la structure politique. En effet, le travail sur les droits humains des femmes n’aboutira à rien jusqu’à ce que leurs droits politiques sont reconnus.

Pour Edith Ballantyne, les femmes ont emmené la LIFPL plus loin que le mouvement des suffragettes, non seulement en affirmant leurs droits en tant que femmes, mais aussi l’utilisation de ces droits pour essayer de faire un changement.

Son admiration pour les femmes qui ont travaillé à ses côtés à la LIFPL est évident. Elle se souvient d’elles avec chaleur, et dit « Honnêtement, les personnes dont j’ai le plus appris, (et j’y pense toujours avec beaucoup d’affection), sont quelques-unes des femmes de la LIFPL avec qui j’ai travaillé. Elles n’avaient pas de bureaux imposant, elles ne faisaint pas de bruit, mais elles ont toujours été là, avec toujours de bonnes réactions,elles ont toujours soutenu les bonnes choses. Calmement, elles donnaient des directives et éteient honnêtes dans leurs arguments « .

SA VISION DE L’AVENIR 
Donc, avec la LIFPL qui fête son100e anniversaire et Edith Ballantyne sur le point de célébrer son 90e anniversaire, comment envisage-t-elle l’avenir de l’organisation?
Comme elle termine le dernier grain raisin de notre déjeuner, elle ajoute « Je veux que la LIFP grandisse dans l’adhésion et la capacité politique, pour transformer l’ordre mondial militariste en un monde où les ressources et les efforts vont dans la satisfaction des besoins de la majorité. Que chacun vive dans un environnement de paix. La Ligue est une organisation de membres en essence et nous ne voulons pas seulement que les femmes se battent pour leurs droits, mais aussi qu’elles prennent une part active dans cette transition fondamentale de notre société humaine. »

« Ceci, pour moi, devrait être un renforcement des capacités et du rôle de la LIFPL : pour permettre aux femmes non seulement de s’assoir à la table de négociation, mais avant tout pour elles de réfléchir et de relever des défis, de questionner, et de faire valoir leur droit de contribuer également à la construction d’un meilleur ordre économique, social et politique. »

Montrez votre soutien 
Edith Ballantyne a créé le «Fonds Edith Ballantyne », permettant à des jeunes femmes activistes d’effectuer des stages dans les bureaux de Genève ou à New York. Si vous voulez montrer votre soutien pour Edith Ballantyne : donnez …

Traduit par B. CASSIGNEUL - Mise en ligne du 27 mars 2014
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