1931-Gandhi

Gandhi et la WILPF

Extraits de « Pour connaître la pensée de Gandhi » de Camille DREVET (Bordas, 1954)

Avril 1931 Gandhi accepte de représenter le Congrès national.

p. 35 « …A peine arrivé à Londres il est invité par la « Société des Amis » (Quakers) à prendre la parole et à expliquer clairement ses intentions. Ce qu’il veut, c’est préparer l’autonomie de l’Inde….

p.38 « Mais la Conférence ne se préoccupe pas de la liberté de l’Inde, et, puisque là-bas la lutte a repris, Gandhi ne peut demeurer plus longtemps à Londres… … Tristement, le Mahatma quitte Londres ».

A Paris, Mahatma Gandhi est l’hôte de Mme Louise GUIEYSSE, qui éditait alors lesNouvelles de l’Inde et qui préside aujourd’hui la « Société des Amis de Gandhi. » Le Mahatma passa la nuit chez Mme GUIEYSSE, 166, bd Montparnasse… »

p. 41 « … A Genève, au cours d’une réunion organisée par la Ligue des Femmes pour la paix et la liberté à Victoria Hall, Gandhi répondit aux questions que le public lui posa et laissa ses 1800 auditeurs émus et surpris de la simplicité et de la hardiesse de pensée d’un homme qui, modeste et résolu, s’emparait si vite de votre cœur et de votre conscience… » cf « Pax international » janvier 1932…

Appendice p. 203 Texte publié dans le Pax international de janvier 1932, journal de la Ligue Internationale des Femmes pour la paix et la liberté

« Le 10 décembre 1931, Gandhi était au Victoria Hall à Genève. Mille huit cent personnes attendaient son arrivée. Après une entrée d’orgue, Gandhi, entouré d’Edmond PRIVAT, Pierre BOVET, Pierre CERESULE et Camille DREVET, prit place sur le devant de la scène. Après les quelques paroles d’ Edmond PRIVAT et de Camille DREVET (qui avait organisé le meeting au nom des « Femmes pour la paix et la liberté »), Mahatma Gandhi prit la parole en ces termes : « Mes amis, c’est une grande joie pour moi de me trouver dans votre beau pays. J’ai beaucoup entendu parler de vos paysages magnifiques, mais ce que j’en ai vu a dépassé mon espérance. La joie que j’ai eue à constater, à Villeneuve et partout où j’ai passé, l’affection du peuple, qui m’a été si généreusement témoignée, a ajouté au plaisir d’admirer ce beau paysage.

J’aimerais avoir plus de temps pour faire la connaissance personnelle de ceux-ci et de ceux-là, et visiter telle ou telle partie de votre pays. Mais je ne veux pas prendre plus de temps à vous faire partager la joie que j’ai eue. Je sais que vous tous qui êtes ici avez été privés de votre déjeuner et je ne veux pas employer ce temps précieux qui est le vôtre à vous raconter mes joies, mais à vous parler de ce à quoi ma vie a été dédiée et de cette chose particulière qui est actuellement essayée aux Indes sur une échelle et dans des proportions inconnues jusqu’à maintenant dans l’histoire. Je veux vous dire les moyens que nous avons adoptés pour regagner notre indépendance.

L’histoire montre que, chaque fois que les peuples ont voulu retrouver leur indépendance et se débarrasser d’une sujétion, ils se sont servis des armes. Aux Indes, au contraire, nous avons choisi des moyens scrupuleusement et absolument non violents et pacifiques. Les étrangers ont pu constater -et quant à moi, je donne ici mon témoignage- que, dans une assez large mesure, nous avons réussi à atteindre notre but. Je sais que c’est encore une expérience en train de se faire et je ne peux pas dire qu’elle a déjà absolument réussi, mais je me permets de vous suggérer, comme je l’ai fait aux citoyens de Paris, que l’expérience est allée assez loin pour qu’il vaille la peine de l’étudier sérieusement. J’ajoute que, si l’Inde réussit dans cette expérience, elle aura payé sa contribution à la grande cause de la paix, qui est l’aspiration du monde, actuellement.

Dans cette cité qui est la vôtre, vous avez le siège central de la Société des Nations. On attend des miracles de cette institution, on lui demande de remplacer la guerre et d’arbitrer des nations divisées par des conflits. Il m’a cependant toujours semblé qu’il lui manque la sanction nécessaire.

Pour le moment, ses décisions, pour être effectives, dépendent des nations en cause. Ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est que les moyens adoptés aux Indes peuvent précisément fournir la sanction qui manque à cette grande institution, et non seulement à elle, mais à toute association indépendante qui prendrait à cœur cette grande cause de la paix.

Je ne veux pas prendre votre temps en vous promenant à travers les phases de ce mouvement. Je me contente de vous l’avoir simplement présenté et de vous avoir dit ce que vous pouvez en penser s’il réussit.

Je vais immédiatement maintenant répondre aux questions que mon ami a choisies dans l’immense masse de celles qui ont été reçues de toutes les parties du pays, et même de l’étranger. »….

P 206 dans Questions et réponses « La non-violence n’est pas pour moi une simple tactique, mais aussi une foi profonde et fondamentale. Je demande à Dieu de me donner l’occasion de sacrifier ma vie plutôt que de consentir à n’importe quelle violence, sous quelque forme que ce soit ».

P 207 3ème question « Comment les travailleurs pourront-ils obtenir leur justice sans violence ? Si les capitalistes emploient la force pour supprimer leur mouvement, pourquoi ne s’efforceraient-ils pas de détruire leurs oppresseurs ? »

Réponse « c’est la vieille loi, la loi de la jungle : œil pour œil, dent pour dent. Comme je vous l’ai déjà expliqué, tout mon effort tend précisément à nous débarrasser de cette loi de la jungle qui ne convient pas aux hommes….

… A mon humble avis, le mouvement ouvrier peut toujours être victorieux s’il est parfaitement uni et décidé à tous les sacrifices quelque soit la force des oppresseurs. Mais ceux qui dirigent le mouvement ouvrier ne se rendent pas compte de la valeur du moyen qui est àç leur disposition et que le capitalisme ne possèdera jamais. Si les travailleurs arrivent à faire la démonstration facile à comprendre que le capital est absolument impuissant sans leur collaboration, ils ont déjà gagné la partie. Mais nous sommes tellement sous l’hypnotisme du capitalisme que nous finissons par croire qu’il représente toutes choses en ce monde.

Les travailleurs disposent d’un capital que le capitalisme n’aura jamais. …

P 208 … Si nous allons à la vraie source, nous verrons que c’est le travail qui est le seul capital, un capital vivant qui ne peut être réduit à des termes de métal.

C’est ur cette loi que nous avons travaillé dans notre syndicat (comme conseiller syndicat ouvrier d’Ahmedabad). C’est en nous basant sur elle que nous avons lutté contre le Gouvernement et libéré 1 070 000 personnes d’une tyrannie séculaire….

… …Je veux vous dire simplement comment nous avons obtenu la victoire. Il existe en anglais, comme d’ailleurs en français et dans toutes les langues, un mot très important, quoi que très bref. En anglais, il n’a que deux lettres, c’est le mot « no », en français « non ». Le secret de toute l’affaire est simplement le suivant : lorsque le capital demande au travail de dire « oui », le travail, comme un seul homme répond « non ».

A la minute même où les travailleurs comprennent que le choix leur est offert de dire « ouis » quand ils pensent « oui », et « non » quand ils pensent « non », le travail devient le maître et le capital l’esclave. Et il n’importe absolument pas que le capital ait à sa disposition de mitrailleuses et des gaz empoisonnés, car il restera parfaitement impuissant si le travailleur affirme sa dignité d’homme en restant absolument fidèle à son nom. Le travail n’a pas besoin de se venger, il n’a qu’à rester ferme et à présenter sa poitrine aux balles et aux gaz empoisonnés ; s’il reste fidèle à son « non » celui-ci finira par triompher…

Mais je vais vous dire pourquoi le mouvement ouvrier si souvent capitule. Au lieu de stériliser le capital, comme je l’ai suggéré en tant qu’ouvrier moi-même, il cherche à prendre possession du capital pour devenir capitaliste à son tour. Par conséquent, le capitalisme, soigneusement retranché dans ses positions et bien organisé, n’a pas besoin de s’inquiéter ; il trouve dans le mouvement ouvrier les éléments qui soutiendront sa cause et seront prêts à le remplacer.

Si nous n’étions pas fascinés par le capital, chaque homme et chaque femme comprendrait cette vérité essentielle…

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