1915 naissance de la Ligue en France

Naissance de la section française de la LlFPL (1915-1922)

L’idée de la création de la LlFPL est née avec le Congrès international des femmes de La Haye, qui réunit du 28 avril au 1er mai 1915, 1136 (***) femmes de douze pays. On doit l’initiative d’une rencontre féministe internationale à certains membres de « l’International Suffrage Alliance » qui, après l’annulation par la section allemande de leur Congrès prévu en juin 1915 à Berlin, décident de se réunir tout de même à Amsterdam et d’organiser le Congrès à La Haye (1)

Événement capital dans l’histoire du pacifisme féministe, cette rencontre inégalée (2) pendant la Première Guerre mondiale s’est conclue par la formation du « Comité international des femmes pour la paix permanente (CIFPP) », précurseur de la LlFPL (3).

On se souviendra qu’à cette époque, Gabrielle Duchêne travaille activement à l’amélioration des salaires et des conditions de travail des ouvrières à domicile de l’habillement en tant que directrice de la coopérative de production

Il existe également quelques textes sur l’histoire générale de la LlFPL dont le livre de Gertrude Bussey et Margaret Tims, “Women’s International League for Peace and Freedom”, et Catherine Foster, “Women for ail Seasons, Athens, University of Georgia Press, 1989″

Il ne faut pas oublier de mentionner un grand nombre d’ouvrages et articles sur différentes périodes ou sections, particulièrement britannique, américaine et française.

En ce qui concerne la section française, il faut consulter :

  • la troisième partie du livre de Norman Ingram, The Politics of Dissent, 1991,
  • Yvonne Sée, Réaliser J’espérance, Paris, Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, 1984,
  • Michel Dreyfus, «La Ligue (113) l’Entr’aide, secrétaire générale de l’Office français du travail à domicile (OFTD), secrétaire-adjointe du Comité intersyndical d’action contre l’exploitation de la femme (CIACEF), et présidente de la section du Travail du Conseil national des femmes françaises (CNFF). Elle reçoit l’ «Appel aux femmes de toutes les nations» envoyé à de nombreuses associations féministes de divers pays et signé par les organisatrices hollandaises, telles le Dr. Aletta Jacobs, Rosa Manus et Cor Ramondt-Hirschmann, annonçant la préparation du Congrès, qui se déroulera sous la présidence de Jane Addams (4)

Désirant y participer, mais empêchée par l’interdiction du Gouvernement français, Gabrielle Duchêne envoie une lettre offrant son adhésion aux principes pacifistes du Congrès :

L’extension du champ de la guerre actuelle, sa durée, ses ravages aggravés par l’application de la science moderne aux engins meurtriers, ses désastreuses conséquences économiques se répercutant dans le monde entier, ont donné au fléau une ampleur telle que devant la disproportion des résultats escomptés pour les vainqueurs mêmes, tout être qui raisonne, si dépourvu soit-il de préoccupations morales, semble devoir devenir pacifiste.( ) Nous [femmes françaises] sommes des pacifistes qui ne courbons pas la tête devant l’échec temporaire de nos tentatives; nous n’y voyons que la preuve de l’insuffisance des efforts apportés à la réalisation d’un idéal auquel nul n’oserait avouer qu’il se refuse à souscrire; nous n’y trouvons que l’indication formelle d’intensifier notre action. Et c’est sur les mères, éducatrices désignées, que reposerait la plus lourde responsabilité si, dans l’avenir, de nouvelles tentatives contre la paix parvenaient à réussir l’internationale des femmes pour la paix et la liberté», Cahiers du Féminisme, no 18, décembre 1981-janvier 1982, pp.47-50. (4)

Preuve importante qu’elle a commencé son activité pacifiste immédiatement après l’appel du Congrès, sa lettre d’avril est accompagnée d’un manifeste signé, «à titre absolument personnel et confidentiel», par une quinzaine de personnes (6). Il semble donc qu’elle ait réuni très rapidement un groupe de femmes pacifistes dans un embryon de section française, avant même de connaître les conclusions du Congrès et la décision de former un comité permanent.

Le manifeste explique simplement quelques affirmations, placées en italique dans le texte, sur la nature de leur pacifisme féministe : il est actif depuis le début des hostilités; humanitaire, basé sur un désir de justice sociale; il est singulièrement féminin car les femmes apportent à la fois la perspective non-violente des non-combattants, mais également celle des mères qui refusent de sacrifier leurs enfants à la guerre; il comporte de nombreuses responsabilités comme la dénonciation publique de la souffrance humaine, la sauvegarde de la fraternité internationale et l’organisation d’une paix durable; il demande un effort rigoureux et constant de la part des femmes, d’où la nécessité de continuer le travail après le Congrès. (6)

Dans Les filles de Marianne (p. 96), Christine Bard ajoute que le manifeste a été publié dans le bulletin de « l’Association internationale pour le suffrage des femmes », Jus Suffragii, en juin 1915, avec les signataires suivantes: Gabrielle Duchêne, Jeanne Halbwachs, Jeanne Bouvier, Jeanne Beaudoin, Marcelle Benoist, Stella Bon, Charlotte Billard, Jeanne Daste, Suzanne Duchêne, Thérèse Jouanest, Marie-Hélène Latrille, Clotilde Mulon, Marie Schrappner, Eliane Septaveaux, Isabelle Tonarelli et Camille Travaillé. (7)

D’ailleurs, Jeanne Halbwachs dans une lettre à « Mademoiselle » (probablement la secrétaire du nouveau CIFPP, Rosa Manus), le 1 juin 1915, mentionne le nouveau groupe: «Vous avez sans doute eu connaissance de la lettre que nous avons envoyé au Congrès féministe de La Haye, au nom de quelques françaises, et qui a été envoyée à la Présidente du Congrès par Mme Duchêne. La lettre est parvenue après la clôture du Congrès bien qu’elle ait été expédiée dix jours avant la date d’ouverture. Nous avons été très heureuses de recevoir la dépêche de remerciement»,

La lettre de Gabrielle Duchêne et le manifeste soulignent par contre un point du programme sur lequel elles refusent d’obtempérer. Les pacifistes françaises repoussent la possibilité d’un armistice comme un moyen de régler le conflit mondial; au contraire elles craignent qu’il ne ferait que le prolonger en permettant aux armées ennemies de se réarmer. Cette justification douteuse indique une réticence avouée du groupe français à promouvoir une action politique immédiate: « Nous n’avons ni le pouvoir, ni le droit d’y intervenir, et d’empêcher les événements de suivre leurs cours. Les forces, qui sont déchaînées ne peuvent pas être arrêtées par nous. Il y a là comme une maladie, dont rien ne peut empêcher l’évolution; nous ne pouvons que nous préparer à hâter la convalescence, et à empêcher les rechutes » (8)

Malgré les efforts de Gabrielle Duchêne et de ses compagnes pour éviter les foudres de l’opinion publique, unanimement en faveur de l’effort de guerre, en présentant un pacifisme plus moral que politique, elles ne pouvaient pas imaginer l’ampleur du scandale à venir. Avant de nous pencher sur les conséquences de l’engagement pour la paix de Gabrielle Duchêne, il faut d’abord tenter d’expliquer la source de cette croyance pacifiste profonde, exprimée pour la première fois pendant la Première Guerre mondiale, à contre-courant des idées nationalistes populaires. Gabrielle Duchêne ne semblait pas particulièrement destinée à militer en faveur du pacifisme intégral, du refus total de la guerre, dans les années vingt.

*** il semble un peu difficile de préciser le nombre TOTAL de participantes, en effet, plus de 1000 Néerlandaises sont venues (et ne se sont pas toutes inscrites officiellement), en ce qui concerne les autres, venant de 11 pays, Helen KAY mentionne 89 femmes dont 47 des Etats Unis (Brigitte CASSIGNEUL).

Extrait de la thèse d'Emmanuelle CARLE (son mel)

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