2009 Nucléaire

LIFPL février 2009 : LE « NUCLEAIRE » (reprise de deux documents, à la suite de l’article de Claude Richard-Molard, et du Compte-rendu de Suzanne Simon et de Bernadette Parance, depuis La Rochelle)

Les liens entre nucléaire civil et militaire sont indéniables. Leurs dangers sont comparables en ce qui concerne les atteintes au génome humain (ainsi qu’à celui des autres espèces vivantes).

Membres de la WILPF, nous défendons la vie et voulons lui donner des chances ; nous voulons garantir un futur à notre descendance.

La section française de la WILPF avance sa réflexion et ses actions à la fois sur le nucléaire civil et le nucléaire militaire. Solange Fernex avait commencé ses activités pour empêcher la construction de Centrales telles Fessenheim et avait ensuite mené cette bataille pour protéger la vie humaine au niveau du nucléaire militaire en initiant en 1983 un jeûne de 40 jours pour l’arrêt des essais nucléaires, avec tout une équipe internationale,. Elle a aussi travaillé avec les témoins et victimes des essais nucléaires français au Sahara et en Polynésie. Nous saluons la sortie du film « Gerboise Bleue », de Djamel Ouahab, sur nos essais au Sahara.

En 2008, sur le nucléaire civil :

Le 12 juillet 2008, nous étions plusieurs de la section, avec le Réseau Sortir du Nucléaire lors d’une marche importante contre l’EPR à Paris. Les témoignages à la Mairie du 2ème d’intervenants de Finlande, Australie, Niger,etc… nous ont montré les dimensions internationales de l’exploitation désastreuse et du marché de l’uranium. En ce début 2009, Areva a remporté le marché au Niger d’un des plus gros filons mondiaux, s’arrogeant 66% des revenus et 33% pour le gouvernement du Niger, dans des conditions très inquiétantes de destruction de l’environnement et de répression militaire des mouvements Touaregs.

La France met en chantier un nouvel EPR , alors que personne ne sait comment arrêter un feu de sodium, et passe un marché pour fournir 2 à 6 EPR à l’Inde. Quelle responsabilité !!

Les déchets :

En région Lorraine, nos amies ont mobilisé avec Bure Zone libre contre les enfouissements de déchets nucléaires qui présentent pour l’avenir des difficultés insurmontables en matière de surveillance de la radio-activité. Les décisions de l’ANDRA (chargée de la gestion des déchets nucléaires) se prennent dans le mystère et souvent le secret.. Bernadette Parance est particulièrement active depuis plus de 30 ans dans la région : en Meurthe et Moselle et en Moselle, aucun village n’a accepté d’être un site d’enfouissement

Suzanne Simon représentait la LIFPL à l’AG du réseau Sortir du nucléaire les 31 janvier et 1er février 2009, à la Rochelle, avec Bernadette PARANCE.

Le réseau (plus de 800 associations) considérant que :

  • la filière nucléaire produit à toutes ses étapes des déchets et des rejets radioactifs, qui sont dangereux pour la santé et l’environnement pendant des millénaires
  • les déchets radioactifs sont en réalité notoirement ingérables.

Les décideurs industriels et politiques nient cette réalité, ne respectent pas ou contournent les lois et les normes applicables, et sont juges et parties, faute de contre-expertises indépendantes financées sur des budgets publics

Déclare qu’il faut impérativement :

  • Arrêter de produire des déchets radioactifs (mines, enrichissement, centrales, extraction du plutonium, armement nucléaire)
  • Arrêter d’extraire le plutonium des combustibles irradiés (cette opération est improprement nommée « retraitement »).
  • Ne créer aucun nouveau site de stockage de déchets.
  • Exclure tout enfouissement de déchets en grande profondeur.
  • Entreposer les déchets sur site pour limiter les transports de matières radioactives.
  • Placer la filière nucléaire sous le contrôle d’organisations réellement indépendantes de celle-ci
  • Subordonner la stratégie globale de démantèlement des installations nucléaires aux conclusions d’un débat public national préalable, démocratique et équitable envers toutes les parties prenantes ».*
  • Inclure les mines d’uranium, pour la plupart laissées à l’abandon, dans la stratégie globale de démantèlement des installations nucléaires.

Si la question de démantèlement des centrales commence à poser de sérieux problèmes (Brennilis par exemple), le nucléaire sous différentes formes envahit progressivement et en sourdine notre vie quotidienne, y compris dans notre alimentation Cette accumulation de risques est un grave problème de santé publique.

  • Présence de polonium 210 dans les cigarettes, de cobalt 60 dans des boutons d’ascenseurs, etc
  • Dangers de transports des matières fissiles sur nos routes ;
  • Déchets anciens utilisés dans la construction de routes (remblais, etc)
  • Sous-traitance de certains secteurs d’entretien des centrales, augmentant les risques de relâchement de la vigilance…

En ce qui concerne le nucléaire militaire : accumulation de bombes hors d’usage parce que trop anciennes, donc de plutonium et de matières fissiles de très haut danger à la suite de « retraitement »

Une sorte de vertige de la technologie a saisi des scientifiques, devant les devant les conséquences de plus en plus avérées des changements climatiques.

C’est ainsi que, lors de la Conférence de l’AIEA à Vienne en octobre 2008, la société américaine “Hyperion Power Generation” a présenté un concept de mini-réacteur nucléaire transportable, mesurant 1,50 m de diamètre. Il serait commercialisé d’ici 5 ans, pour alimenter en chaleur et en électricité des régions isolées ou des petites villes de 20.000 habitants. Ces modules seraient enterrés complètement fermés, ne nécessitant pas d’entretien, et seraient à changer tous les cinq à dix ans. Le réacteur aurait un refroidissement passif par convection naturelle (Sciences et Avenir N° 744 bis). Sa sécurité ? « Le fait que le réacteur soit enterré protége effectivement des agressions extérieures, mais pose le problème du risque sismique et de l’inondation. Aujourd’hui, on n’enterre pas les réacteurs pour ces raisons » (Frank Carré, directeur adjoint au développement et de l’innovation nucléaire au Commissariat à l’énergie atomique)

A travers le nucléaire, militaire et civil, il s’agit d’un problème de sécurité collective qui concerne toute l’humanité.

Il n’existe pas de seuils en dessous desquels des irradiations seraient sans risques : la CIPR (Commission internationale de radioprotection, comprenant des experts de l’Autorité de sûreté nucléaire française) reconnaît depuis 1990 que « toute dose de rayonnement comporte un risque cancérigène et génétique ». Mais l’ingestion répétée de matières même très peu radioactives : aliments chargés de radioactivité car cultivés dans des régions contaminées, ou l’ inspiration de poussières radioactives des bombes à uranium dit «appauvri » (moins 5%), provoquent des quantités de maladies radio-induites souvent insoignables.

Face au lobby nucléaire, une fédération des associations est nécessaire, que la LIFPL soutient. La France, en Europe, a un déficit particulier d’information et d’opinion publique sur ces questions.

Ceci provient en partie du rôle qu’a joué le CEA, et du passé peu glorieux de notre pays en matière d’Essais nucléaires, et de force nationale de dissuasion.

Nucléaire militaire :

Pour compléter l’article de Claude Richard-Molard, nous dirions qu’il y a urgence. Comment créer une opinion publique forte et motivée, puisqu’ « il est temps de défendre nos vies » (Maire d’Hiroshima)

La France et les pays « dotés » et fournisseurs nucléaires participent les premiers à la prolifération.

Le 6 septembre 2008, le Groupe des fournisseurs nucléaires (Nuclear Suppliers Group= NSG) qui assemble les 45 pays fournisseurs d’équipements nucléaires, a validé un ensemble de dérogations permettant l’entrée en vigueur d’un accord nucléaire, dit « Accord 123 », signé en juillet 2007 par l’Inde et les USA. L’Inde est normalement exclue de telles transactions, qui permettent de lui vendre technologies et matières nucléaires, et donc de perfectionner librement sa production d’armes nucléaires, puisqu’elle n’est pas signataire du TNP. L’Accord 123 prévoit que l’AIEA (Agence Internationale de l’énergie atomique) n’inspectera en Inde…que les installations nucléaires qui ne servent pas à l’élaboration d’armes atomiques !!! Plusieurs pays Européens et la Nouvelle-Zélande ont tenté de s’opposer mais, début septembre, les administrations Bush et Sarkozy ont arraché un à un les ralliements.

Les « règles » de la non prolifération sont ainsi tout à fait bafouées.

Les femmes de l’Inde, du Pakistan, de l’Iran, comme les femmes d’Europe, ne veulent pas de ce nucléaire militaro-civil qui peut anéantir par accident ou par folie la vie et l’avenir de nos enfants et nos petits-enfants. Elles veulent une vie meilleure pour eux. Une vie sûre.

Comme elles, nous ne voulons pas de ces armes de destruction massive : armes de « génocide » ou « d’apocalypse », donc inacceptables au regard du droit humanitaire. Il est temps, après la condamnation en 1996 de l’arme nucléaire par la Cour Internationale de La Haye, que cette arme qui ne fait aucune différence entre des civils et des militaires, soit jugulée, et interdite dans le monde entier. Il est temps que le projet de Convention internationale pour l’élimination de la production, du stockage, de l’utilisation des armes nucléaires, soit signée par le plus grand nombre d’Etats possibles, mettant fin à une prolifération horizontale et verticale de plus en plus angoissante.

Ce projet de traité, déposé sur le bureau des Nations Unies, par le Costa Rica et la Malaisie et un grand nombre d’ONG est soutenu déjà par 120 Etats, mais la France a voté contre son étude. Il vise à la réalisation de l’abolition des armes nucléaires, par paliers, d’ici 2020. Même des responsables politiques comme les secrétaires d’Etat américains Henri Kissinger, Georges Shultz, William Perry, disent que « le recours aux armes nucléaires présente des risques toujours plus grands pour une efficacité de plus en plus aléatoire ». Nous n’avons pas non plus besoin de bouclier anti-missile américains en Europe, qui inquiètent la Russie, la Chine, l’Iran et mettent à mal les traités de limitation des armements nucléaires déjà signés.

L’arme nucléaire dissuade qui ? et de quoi ? Ne persuade-t-elle pas, au contraire, les états, que, pour « jouer dans la cour des grands », il faut faire peur et posséder cette arme ? Ou des « terroristes » que, puisque les pays dotés violent le TNP, même s’ils n’ont pas la technologie, il leur est permis d’utiliser des « bombes sales » pour toucher les « intérêts vitaux » des pays dotés ?

27.000 ogives dans le monde, dont 12500 en état d’alerte, ne pourraient de toute façon jamais servir, puisque l’hiver nucléaire régnerait déjà après un échange. Alors, pourquoi en garder autant ?

Nous avons besoin d’une Europe dénucléarisée, comme il existe déjà huit régions régies par de tels accords. Ceci nous permettrait de « donner l’exemple » d’une démarche « de bonne foi » vers la paix, de renforcer le travail diplomatique de confiance, afin de mettre en oeuvre la résolution des Nations Unies prise en 1995 demandant la création d’ une région exempte d’armes nucléaires au Proche et Moyen-Orient . Ce serait un soulagement pour cette région à risques, avec déjà 200 ogives nucléaires israéliennes et des armes pakistanaises, et les doutes sur l’avenir nucléaire militaire de l’Iran.

Nous participons à la campagne I CAN (« Je peux » = International Campaign against Nuclear Weapons), lancée par les Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire, les Maires pour la Paix, le Mouvement de la Paix, parce que OUI , NOUS POUVONS nous passer de ces armes abominables qui menacent nos enfants et vos enfants, et les générations suivantes, et qu’aucun des problèmes de violence, terrorisme, désespoir économique et politique ne peut trouver une solution par la menace ou l’utilisation d’armes nucléaires.

Les dépenses militaires de notre pays augmenteront de 5,4 % en 2009, atteignant 32 milliards. Si 8.250 emplois seront supprimés, baissant un peu la masse salariale, les dépenses d’équipement augmenteront sérieusement. Sur les dépenses d’investissement, 22,5 % en seront consacrées en 2009 à la dissuasion, contre 21.2 % en 2008. (3.811 millions d’Euros), puisque la production des nouveaux missiles M51 qui doivent remplacer les M45 sur nos sous-marins nucléaires est en route, (des armes avec une puissance de feu de dizaines d’Hiroshima !).

Nous avons besoin de cet argent pour l’éducation de nos enfants et la formation de personnels enseignants , pour les soins de nos malades, pour la création de logements pour nos sans-abris, pour l’aide à la création d’énergies décentralisées et non polluantes, pour l’éducation à la Paix et à la Non-Violence dans les écoles, pour l’accueil et la réinsertion des femmes victimes d’une crise honteuse du système financier international, pour des solidarités agissantes avec nos amies africaines, ou de pays économiquement pillés par la mondialisation libérale économique.

Nous avons besoin de cet argent qui représente le fruit de notre travail et de notre production à partir des richesses de notre terre, ou le fruit des services rendus, et des recherches scientifiques et de l’expression artistique. Nous devons calculer à partir de cet argent là, et non pas à partir de l’argent fictif, imaginaire, qui représente des profits manipulatoires. Que valent les dépenses militaires par rapport aux dépenses pour la protection de la vie ?

Nous refusons l’alliance militaro-industrielle autour du nucléaire, et la culture du secret sur des risques qui sont majeurs pour toute l’humanité.

C’est pourquoi nous soutenons les marches comme celle de Londres à Genève, de l’été dernier, à laquelle participait June Norman, de la WILPF Australienne, rencontrée par Bernadette BARANCE (junentimor@yahoo.com.au) ;

Nous soutenons les stations non-violentes, chaque premier vendredi de chaque mois, depuis plus de 3 ans, devant le Ministère de la Défense, Place Bainville (métro Solférino), avec des jeûneurs de Taverny, ainsi que le jeûne de la Maison de Vigilance de Taverny, qui se déplace chaque année du 6 au 9 août au Mur pour la Paix, en bas du Champs de Mars, devant l’Ecole Militaire .Claude Richard Mollard et Gisèle Noublanche y participent.

Nous approuvons ou soutenons des campagnes comme celle de Frères des Hommes : « désarmer pour développer » dans laquelle les peuples de l’Inde se sont particulièrement investis avec des stratégies non violentes gandiennes.

Nous saluons le message du soixantième anniversaire du Mouvement de la Paix, du 23 novembre 2008, dont plusieurs d’entre nous sont des adhérentes, qui vise à rassembler  « pour que la Décennie de l’ONU qui s’achèvera en 2010 débouche sur un fort mouvement mondial en faveur d’une culture de la paix et de la non violence » et qui, avec le travail des groupes de la Décennie, doit se traduire dans les programmes scolaires. Cette déclaration appelle aussi à un engagement mondial en faveur de l’élimination des armes nucléaires, notamment lors de la Conférence d’examen du TNP en 2010.

Nous nous opposons au commerce des armes nucléaires et des matières fissiles comme au commerce des armes en général. En 2008, la LIFPL s’est opposée énergiquement contre le salon des armements Satory et l’invitation des vendeurs d’armes par le Président de la République, au Palais du Louvre !!

Les Maires d’Hiroshima et Nagasaki ont alerté les Maires du monde entier pour que, élus de proximité, responsables de la vie de leurs administrés, ils demandent l’abolition et l’élimination des armes nucléaires.

En Europe, d’anciens Premiers Ministres, comme Michel Rocard pour la France, et Jean-Luc Dehaene pour la Belgique, s’associent à une initiative de parlementaires européens qui lancent une déclaration de soutien à ce projet de Convention qui prévoit plusieurs étapes, afin que nous soyons libérés de ces armes en 2020.

Il s’agit d’une campagne internationale I.C.A.N. (International Campaign Against Nuclear weapons), portée également par l’IPPNW (médecins pour la prévention de la Guerre Nucléaire), et un très large éventail des mouvemnts de paix.

Il est en effet très important que les choses se débloquent au moment de la renégociation du Traité de non Prolifération en 2010, (peut-être par l’ajout d’un protocole au TNP ?).

Nous avons toutes besoin des sommes astronomiques consacrées à la modernisation de nos sous-marins : ils seront équipés de missiles M51, alors que les M45 actuels satisfont les militaires… Nous refusons la militarisation de l’espace, et les boucliers anti-missiles. Nous refusons le rôle de l’OTAN et la présence des troupes françaises en Afghanistan et voulons que l’OSCE ait les moyens de travailler. Nous serons présentes à Strasbourg du 3 au 5 avril prochain à l’occasion du 60ème anniversaire de l’OTAN pour dire NON à la guerre, NON à l’OTAN et parler de notre projet de sécurité humaine en tant que femmes.

Nous recommandons à chacune de nos membres et de nos sympathisantes d’entreprendre une démarche auprès de son Maire et son Député, en s’appuyant sur le matériel de la campagne ICAN, (disponible auprès de STOP ESSAIS, du Mouvement de la Paix, etc… et de nous-mêmes).

Nous luttons pour la vie, et celle de notre descendance. Dans quelle société voulons-nous vivre ? et avec quelles valeurs ?

Le 05.12.2008, notre WILPF Internationale s’est opposée à des accords de coopération Europe/OTAN et a demandé que soit ravivée la discussion et la mise en vigueur de l’article 26 de la Charte des Nations Unies qui enjoint les Membres de l’ONU à établir un système de réglementations «afin de favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde ».

Gisèle Noublanche, Bernadette Parance, Suzanne Simon - 2009
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